Fayçal Karoui direction
Anna Caterina Antonacci Pénélope
Roberto Alagna Ulysse
Vincent Le Texier Eumée
Edwin Crossley-Mercer Eurymaque
Julien Behr Antinoüs
Sophie Pondjiclis Cléone
Jérémy Duffau Léodès
Khatouna Gadelia Mélantho
Distribution à compléter
Orchestre Lamoureux
Chœur Lamoureux direction Patrick Marco
Maitre dans l’art de la mélodie, Gabriel Fauré, est, aux côtés de Saint Saëns, Ravel et Debussy, l’un des musiciens français les plus importants de la fin du XIXe et du début du XXeme siècle. Le projet de son opéra, Pénélope, lui fut inspiré par Lucienne Bréval, la grande soprano dramatique de son époque. C’est à elle que revient également l’idée de faire appel pour le livret à René Fauchois. Ce dernier, déjà auteur de nombreuses pièces dramatiques avait auparavant collaboré avec Reynaldo Hahn, autre grand maître de la mélodie. Pénélope fut créée à l’Opéra de Monte-Carlo le 4 mars 1913 mais ne connaitra de consécration que lors de sa première parisienne deux mois plus tard, le 10 mai, dans le cadre de la saison d’ouverture du Théâtre des Champs-Elysées conçue par son fondateur Gabriel Astruc.
La composition de l’ouvrage nécessita cinq ans de travail à Fauré qui à force de coupes concentra tout son talent sur la représentation subtile des sentiments du couple Pénélope-Ulysse. La presse de l’époque consacra son duo de créateurs, Lucienne Bréval pour qui le rôle avait été écrit et le ténor Lucien Muratore. Pénélope ne résista pas à la faillite d’Astruc de l’automne 1913 et il fallut attendre janvier 1919 pour la voir réapparaitre, cette fois-ci sur la scène de l’Opéra-Comique et avec l’immense Germaine Lubin dans le rôle-titre (rôle qu’elle interprétera également en 1943 à l’Opéra de Paris). Mais Pénélope n’en n’avait pas fini avec le Théâtre des Champs-Elysées. Le chef Inghelbrecht, déjà présent avenue Montaigne en 1913 (il faisait partie des six chefs qui s’étaient partagé le pupitre du concert inaugural « Musique française » le 2 avril de ce printemps 1913, ses autres « collègues » ce soir-là étant Saint Saëns, Dukas, Fauré, Debussy et Vincent d’Indy) et grand défenseur du répertoire français et debusséen en particulier en donna en 1956 une version de concert avec Régine Crespin dans le rôle-titre, version aujourd’hui légendaire et dont il reste un enregistrement live inégalé à ce jour. Pénélope atteignait alors les sphères de Mélisande et Crespin se révéla la grande tragédienne française du moment. Jessye Norman s’y risqua au début des années 80 mais Pénélope se devait d’attendre celle qui saurait lui redonner toute sa grandeur tragique. Anna Caterina Antonacci, la plus « française » des italiennes et l’héritière revendiquée de Crespin saura à n’en pas douter marquer ce rôle à la fois si tenu et si fort, face à l’Ulysse de Roberto Alagna, le plus flamboyant des ténors de sa génération.