L’ultime collaboration entre Kurt Weill et Bertolt Brecht

... au Théâtre des Champs-Elysées

La collaboration entre le compositeur Kurt Weill et le dramaturge Bertolt Brecht dura tout juste six ans (1927-1933) mais fut l’une des plus fécondes dans l’histoire du théâtre musical au XXe siècle. Ils se rencontrent pour la première fois au printemps 1927 au restaurant Schlicher, haut lieu de l’intelligentsia berlinoise. Kurt Weill vient tout juste de faire une critique élogieuse de la pièce Homme pour homme de Brecht dans l’hebdomadaire radiophonique Der Deutsche Rundfunk. L’idée d’une collaboration entre les deux hommes s’impose rapidement et dès le mois suivant, ils travaillent au Mahagonny Songspiel, une commande du festival de Baden-Baden pour l’été à venir. Cette cantate dramatique pour la scène établit d’emblée et avec précision la théorie Brecht-Weill des ≪ Songs ≫ (forme contemporaine de l’air d’opéra) et du théâtre musical, genre incontestablement révolutionné par les deux artistes à cette époque. La pièce sera créée le 18 juillet 1927.

La collaboration entre les deux artistes se poursuit l’année suivante avec L’Opéra de quat’sous, suivi du Vol de Lindbergh et en 1930 de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, développement opératique en trois actes de la trame déjà présente dans Mahagonny Songspiel. Mais les relations entre les deux hommes se détériorent et de profondes divergences apparaissent, notamment sur le rôle et la place de la musique et du texte à l’opéra. A ce duo masculin, il est important d’y adjoindre la figure de Lotte Lenya, épouse de Kurt Weill et l’une de ses interprètes les plus connues. Après Mahagonny Songspiel en 1927, elle crée l’année suivante le rôle de Jenny dans L’Opéra de quat’sous, rôle qu’elle interprète également dans la version cinématographique de Pabst en 1931.

En décembre 1932, Kurt Weill et son épouse séjournent à Paris à l’invitation des Noailles. Ce séjour parisien est l’occasion pour le musicien de rencontrer de nombreuses personnalités artistiques et plusieurs membres et mécènes de la haute aristocratie. Kurt Weill fait ainsi la connaissance lors d’un concert Salle Gaveau d’Edward James, riche anglais, fervent défenseur des surréalistes et mécène des nouveaux Ballets 1933 dirigé par le tout jeune George Balanchine et Boris Kochno. Cette rencontre sera à l’origine des Sept Péchés capitaux, un ballet chanté créé sept mois plus tard au Théâtre des Champs-Élysées.

Après son séjour hivernal dans la capitale française, Kurt Weill rentre à Berlin au début de 1933 mais la situation politique en Allemagne le contraint à s’exiler quelques semaines plus tard. Il est de nouveau à Paris le 23 mars. Apprenant son retour, Edward James le contacte.

Ce dernier, saisi quelques mois plus tôt par la ressemblance entre Lotte Lenya et sa propre épouse, la danseuse Tilly Losch, ambitionne de produire un spectacle sur le thème du dédoublement et il a même commencé à esquisser un début de livret. Il souhaite que Kurt Weill en compose la partition. Le musicien espère dans un premier temps travailler à ce projet avec Cocteau, mais devant le refus du poète, il finit par se résoudre à proposer une nouvelle collaboration à Brecht. Fâchés depuis la production de Grandeur et Décadence, les deux hommes avaient cessé de correspondre mais Brecht accepte et rejoint Paris à son tour.

Les Sept Péchés capitaux, ballet chanté pour une soprano, un chœur d’hommes et un prologue, est créé le 17 juin 1933 au Théâtre des Champs-Elysées avec Lotte Lenya et Tilly Losch dans les rôles des deux sœurs. George Balanchine signe la chorégraphie, Caspar Neher les décors et costumes et Maurice Abravanel dirige l’Orchestre Symphonique de Paris. Lotte Lenya reprendra ce rôle vingt-cinq ans plus tard en 1958, lors d’une nouvelle chorégraphie réalisée à nouveau par George Balanchine mais cette fois-ci pour sa compagnie américaine, le New York City Ballet.

Les Sept Péchés capitaux est la dernière œuvre que Kurt Weill et Bertolt Brecht ont réalisé ensemble.

Aucun résultat n'a été trouvé Quitter la recherche