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    Adrienne Lecouvreur, anti-star au grand cœur

    Portrait d'Adrienne Lecouvreur
    Portrait d''Adrienne Lecouvreur

    A l’opéra comme au théâtre, en littérature comme au cinéma, le public est friand de destins tragiques, d’âmes vertueuses sacrifiées sur l’autel de la dépravation, de cœurs vaillants prêts à tous les exploits, d’histoires d’amour contrariées, de crimes passionnels érigés en étendards universels... A ce titre, le destin à la fois mystérieux et étonnant d’Adrienne Lecouvreur, héroïne malgré elle, devrait combler les amateurs de sensations ! Retour sur le destin hors du commun d’une tragédienne qui a inspiré Dumas, Voltaire, Scribe et le compositeur italien Francesco Cilea.

    Des origines humbles

    Adrienne Couvreur naît en 1692 à Fismes, près de Reims, d’une mère blanchisseuse et d’un père ouvrier chapelier, homme alcoolique et violent. En 1702, elle arrive à Paris en compagnie de ses parents, qui s’établissent  dans le Faubourg Saint-Germain, à quelques rues de la Comédie-Française. Placée chez les bonnes sœurs, Adrienne fait souvent l’école buissonnière pour assister à des répétitions et développe un goût précoce pour le théâtre. A tout juste quatorze ans, elle débute dans une troupe de comédiens amateurs qui répète dans l’arrière-boutique d’un épicier : elle y tient le rôle de Pauline dans Polyeucte, tragédie de Racine... et obtient un vif succès. Le comédien Marc-Antoine Legrand, de la Comédie-Française, décide alors de la prendre sous son aile, lui fait donner quelques leçons et l’envoie en province exercer ses talents : à dix-sept ans, elle est engagée au Théâtre de Lille, puis à celui de Lunéville, dans la troupe du Duc de Lorraine.

    Un an plus tard, en 1710, elle accouche d’une petite fille, Elisabeth-Adrienne... dont le père a préféré prendre la poudre d’escampette. Mais Adrienne, déterminée, persévère dans la voie qu’elle s’est tracée, et est nommée à vingt ans première actrice du Théâtre de Strasbourg. Devenue la protégée du Comte François de Klinglin, fils du plus haut magistrat de Strasbourg et futur préteur royal, elle entretient avec lui une liaison... et donne naissance à une autre fille, Françoise-Catherine-Ursule. Las ! Le haut fonctionnaire trouve à se marier avec une fille respectable, et Adrienne rentre à Paris.

    Adrienne Lecouvreur en Cornélie dans La Mort de Pompée de Corneille – © Bibliothèque nationale de France

    Une éclatante carrière

    Sa renommée l’a précédée : la Comédie-Française lui ouvre toutes grandes ses portes et le 4 mai 1717, elle fait ses premiers pas sur la scène du prestigieux théâtre en incarnant l’Electre de Crébillon et Angéline dans George Dandin de Molière. Quelque temps plus tard, elle triomphe en Monime dans Mithridate de Racine, ce qui lui vaut d’intégrer les 27 sociétaires de la troupe. A cette occasion, le doyen de la Comédie-Française ajoute un article à son patronyme : son nom de scène est donc désormais Adrienne Lecouvreur.

    Très vite, elle devient l’interprète favorite des premiers rôles de Racine, Corneille, mais aussi du jeune Voltaire. Le secret de son succès tient à peu de choses : d’une part, elle innove en renonçant à la diction chantante traditionnelle et adopte une déclamation simple, noble et naturelle ; d’autre part, son jeu de scène est épuré, elle refuse costumes et colifichets trop extravagants. Elle profite également des précieux conseils que lui prodigue le vieux Michel Baron — ancien élève et protégé de Molière —  qui devient son grand ami. Elle parvient ainsi à renouveler totalement les rôles qu’elle incarne et fait de l’ombre à ses grandes rivales que sont notamment Mesdemoiselles du Clos et Desmares. 

    Femme intelligente et avisée, elle s’entoure d’érudits, de philosophes, et fréquente les salons parisiens où se réunissent les esprits les plus brillants de l’époque. Elle est du reste la première actrice à être admise à ces rendez-vous mondains, faveur exceptionnelle qui n’est pas sans susciter rancœurs et la jalousies... jusqu’à ce que son chemin croise celui de Maurice de Saxe.

    Maurice de Saxe par Quentin de La Tour – DR

     

    Une fin tragique et mystérieuse

    Fils du roi de Pologne et Comte de Saxe, Maurice, tout auréolé de son prestige militaire, n’en est pas à sa première conquête. Entre Adrienne et lui, le coup de foudre est immédiat. Elle a vingt-huit ans, il en compte quatre de moins. Ils se mettent rapidement en ménage et Adrienne tente d’enseigner à cet homme impétueux la mesure, la finesse, l’élégance, la beauté. Malheureusement, cette belle idylle est vite entachée par les appétits insatiables de Maurice, aussi bien charnels que financiers ; il délaisse de plus en plus Adrienne en collectionnant les maîtresses... dont la Duchesse de Bouillon, une croqueuse d’hommes à la réputation sulfureuse, trop heureuse de ravir Maurice à Adrienne.

    Amoureuse trahie, délaissée, Adrienne souffre de violents maux d’estomac et d’une inflammation de la poitrine. Epuisée par cette relation toxique, elle se consume à petit feu, à tel point qu’elle rédige son testament le 7 avril 1729. Le 10 novembre de cette même année, après un mois d’alitement, Adrienne remonte toutefois sur la scène de la Comédie-Française dans Phèdre, rôle dans lequel elle triomphe. Elle fait encore l’effort d’interpréter Jocaste dans Œdipe de Voltaire, puis celui d’Hortense dans Le Florentin de La Fontaine. Entre les différents actes, elle se précipite en coulisses et vomit du sang. Le 20 mars 1730, Adrienne meurt dans les bras de Maurice, en présence de Voltaire.

    Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, par Nicolas de Largillière – DR

     

    Aussitôt, le bruit court qu’elle a été empoisonnée à l’instigation de sa rivale la Duchesse de Bouillon, déjà compromise dans la célèbre affaire des poisons. Voltaire et ses amis réclament donc une autopsie dont les résultats ne sont pas concluants. Adrienne s’étant vue refuser les obsèques religieuses (les comédiens sont à l’époque frappés d’excommunication), ses proches n’ont d’autre choix que de l’enterrer clandestinement dans le Marais de la Grenouillère (actuel Champ-de-Mars), au coin de la rue de Bourgogne. Voltaire, scandalisé, exprime son indignation dans le poème La Mort de Melle Lecouvreur :
    [...] Et dans un champ profane on jette à l’aventure
    De ce corps si chéri les restes immortels !
    [...] Dieux ! Pourquoi mon pays n’est-il plus la patrie
    Et de la gloire et des talents ?

    Ainsi s’en fut Adrienne Lecouvreur, sans flonflons ni panégyrique... avant que sa légende n’inspire Francesco Cilea au tournant du XXe siècle. Pour ce concert dirigé par Daniele Rustioni à la tête de l’orchestre et des chœurs de l’Opéra de Lyon, c’est Tamara Wilson qui fait revivre cette comédienne hors pair, dont l’une des filles épousa Francœur... futur directeur de l’Opéra. Le destin n’est décidément pas avare de coquetteries...

      Rendez-vous le mardi 5 décembre 2023 à 19h30.