Publié le 22/10/2026
Publié le 22/10/2026
Troisième prix de la 19e édition du Concours Chopin en 2025, la jeune pianiste chinoise Zitong Wang impressionne par la profondeur et l'émotion de son jeu.
La musique a toujours fait partie intégrante de ma famille. Du côté de ma mère, presque tout le monde a un lien avec le piano ; j’ai donc grandi avec cet instrument. Mon grand-père disait souvent que, quoi qu’il arrive dans la vie, savoir jouer du piano serait toujours précieux. Le piano faisait simplement partie de notre tradition familiale, avant de devenir peu à peu le centre de ma vie.

Ma rencontre avec mon professeur, Dang Thai Son, est arrivée au bon moment. Je venais de terminer mes études universitaires et je ne savais pas vraiment quelle direction prendre. J’admirais son jeu depuis des années et, après avoir étudié avec lui, je me rends compte que chacune de ses leçons continue de m’accompagner au quotidien.
Au-delà de son talent musical, c’est aussi sa manière de vivre qui m’a profondément influencée. Il dégage une sérénité remarquable, comme s’il restait imperméable au tumulte du monde extérieur. Même après une conversation banale, j’avais toujours le sentiment de repartir plus sereine et plus concentrée.
Tout est parti de la lecture du livre De la musique : conversations, un recueil de conversations entre Haruki Murakami et Seiji Ozawa. Leur échange autour de la Neuvième Symphonie de Mahler m’a ouvert les portes d’un tout nouvel univers. À partir de là, j’ai découvert Mahler, Bruckner et de nombreux autres compositeurs que je n’avais pas vraiment compris auparavant. Cela a complètement changé ma façon d'écouter la musique.
Les livres sont sans doute ma plus grande source d'inspiration, avec les films indépendants et les documentaires. Je suis fascinée par la façon dont les autres perçoivent le monde. J'aime les histoires qui me permettent de me glisser dans la vie de quelqu'un d'autre pendant un moment.

Même si une année s’est écoulée depuis le Concours Chopin, je me sens aujourd’hui plus proche que jamais de sa musique. Le fait de passer plusieurs mois à m’immerger uniquement dans son univers m’a transformée d’une manière que je n’aurais jamais imaginée. Je pense même que cela a changé certains aspects de ma personnalité. Je suis devenue plus sensible, plus vulnérable, et peut-être un peu plus romantique.
En même temps, Bach et Schumann ont toujours été les compositeurs qui me tiennent le plus à cœur. Je me suis passionnée pour la musique ancienne dès mon plus jeune âge, et cette curiosité m’a naturellement amenée à étudier le clavecin à l’université. Ce qui m’a toujours fascinée chez Schumann, c’est sa dualité. Sa musique oscille constamment entre différents univers émotionnels, tout en conservant une profonde cohérence. J’admire aussi la façon dont il parvient à développer les idées musicales les plus infimes pour leur donner une tout autre ampleur. Chaque fois que je redécouvre sa musique, j’y perçois quelque chose qui m’avait jusque-là totalement échappé.
C'est sans doute la littérature et le cinéma qui m’ont le plus influencée. Je suis particulièrement attirée par les textes qui me permettent de pénétrer dans l’univers intérieur d’une autre personne. Les films et les documentaires me procurent souvent la même sensation.
Mon père est peintre contemporain, et les discussions autour de l'art ont toujours fait partie de ma vie. Nous abordons souvent les mêmes idées sous des angles complètement différents. La peinture et la musique parlent des langages différents, mais à travers nos échanges, je me rends souvent compte que nous explorons des idées très similaires.
Ces derniers temps, avec tous ces voyages et tout ce temps passé à l’hôtel, j’ai pris conscience à quel point j’apprécie d’être chez moi. Je pense qu’il s’agit avant tout de trouver un équilibre. Je ne voudrais pas non plus rester tout le temps au même endroit, car voyager et découvrir de nouveaux horizons peut être aussi source d’inspiration. Mais pouvoir revenir dans un environnement familier et confortable, où j’ai la liberté de suivre mon propre rythme, me semble particulièrement précieux ces derniers temps. Je peux m'entraîner sans regarder l'heure, lire et simplement profiter d'un moment rien que pour moi.
Je ne suis pas particulièrement attirée par les grandes villes. Quand je voyage, c'est souvent dans les petites villes ou dans des endroits proches de la nature que je me sens le plus inspirée.
Ces dernières années, j'ai perdu mes deux grands-parents. Avant chaque concert, j'aime trouver un coin tranquille, parcourir ma partition, puis passer un moment à regarder leurs photos. Ils ont été mes plus grands soutiens depuis le tout début. D'une certaine manière, j'ai toujours l'impression qu'ils sont là avec moi avant que je monte sur scène.
De nombreux concerts m’ont profondément marquée, mais l’un d’eux reste particulièrement présent dans ma mémoire : mon récital du deuxième tour du Concours Chopin. Avec le recul, cela peut sembler surprenant, car on associe généralement les concours à la pression et à l’anxiété. Pourtant, pour moi, cette prestation a été tout le contraire.
J’avais choisi de terminer mon programme par la Mazurka en fa mineur, op. 68 n° 4 de Chopin, l’une de ses toutes dernières compositions. Conclure un tour de concours par une pièce aussi intime et dépouillée demande une certaine audace, surtout lorsque l’on attend souvent une fin brillante et spectaculaire. D’autant que je n’avais encore jamais joué l’intégralité de ce programme d’un bout à l’autre avant le concours. Tout était encore très frais.
Pendant cette Mazurka, j’ai complètement oublié que j’étais en compétition. Je ne pensais plus au jury ni au résultat. J’étais simplement portée par l’émotion de la musique. Et ce moment est resté gravé en moi depuis.
Entendre Radu Lupu interpréter le Concerto pour piano n° 24 de Mozart avec l’Orchestre de Philadelphie, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin en 2017. Ce dont je me souviens le plus, c’est sa sonorité. Elle ne ressemblait à rien de ce que j’avais jamais entendu dans une salle de concert : profondément humaine et inoubliable.
J’ai également eu la chance de le rencontrer avant le concert, alors qu’il répétait dans mon école. Comme beaucoup d’autres élèves, j’étais trop timide pour le déranger, mais lorsque nous avons finalement frappé à la porte, il nous a accueillis avec une incroyable chaleur. Il nous a demandé sur quoi nous travaillions et nous a parlé avec une curiosité sincère. Je n’ai jamais oublié ce moment.

En fait, je suis plutôt casanière. Quand je ne voyage pas, ce qui me rend le plus heureuse, c’est de rester chez moi avec mes chats, de regarder des films ou de faire du bricolage. J’aime les activités manuelles parce qu’elles sont complètement différentes de la musique : elles me permettent de me concentrer sur quelque chose de simple et de concret. Après avoir passé tant de temps à réfléchir au son et à l’interprétation, je trouve ce genre de créativité tranquille très revigorante.
Quand j'étais enfant, je voulais devenir chirurgienne. Plus tard, j'ai aussi rêvé de faire quelque chose en rapport avec les animaux, notamment dans le domaine du sauvetage animalier. Je suppose que j'ai toujours aimé l'idée de prendre soin de quelque chose.