Publié le 03/03/2026
Publié le 03/03/2026
S’il est un métier qui travaille dans l’ombre pour mettre en lumière la beauté du spectacle, c’est bien celui de technicien lumière. Derrière chaque artiste mis en valeur et chaque scénographie sublimée, il y a leur savoir-faire. Bertrand Guittard, responsable du service lumière du Théâtre nous dévoile les coulisses de cette profession essentielle.
Je suis arrivé en septembre 2010 comme technicien lumière intermittent, initialement pour une saison. Très rapidement, on m’a proposé de remplacer un régisseur lumière à condition de signer un CDI.
À 23 ans, c’était une opportunité exceptionnelle. Intégrer une maison comme le Théâtre des Champs-Élysées et participer à la création de spectacles d’un tel niveau d’exigence artistique représentait à la fois un défi et un immense privilège. J’y ai vu la possibilité de grandir professionnellement dans un lieu chargé d’histoire, où chaque production est portée par une recherche d’excellence.
Je travaille principalement avec l’ensemble des services techniques du Théâtre. Mais nos métiers étant profondément interdépendants, nous collaborons en permanence avec tous les autres services : production, direction artistique, régie de scène, administration, sans oublier les équipes artistiques. La réussite d’un spectacle repose sur cette synergie collective.
Pour le grand public, la partie la plus méconnue est sans doute la programmation et la restitution de la lumière des spectacles.
Dans un opéra scénique, il peut y avoir des centaines de « tableaux » lumineux, comprenant chacun des milliers de paramètres : intensités, couleurs, directions, effets, temps de transition, et bien d’autres données techniques. Cette programmation représente entre 40 et 50 heures de travail en amont, auxquelles s’ajoutent une dizaine de jours de répétitions avec les artistes.
Une fois tous les tableaux enregistrés, ils sont restitués chaque soir avec une extrême précision par un opérateur lumière, en étroite coordination avec la régie de scène. Chaque changement est minutieusement inscrit dans la partition de l’œuvre. Cette précision est indispensable pour que la lumière serve pleinement la dramaturgie et l’émotion musicale.
Je n’ai pas de souvenir précis de mon tout premier morceau de musique.
En revanche, je me souviens très nettement de mon premier opéra : Le Barbier de Séville, à l’Opéra de Bordeaux. J’avais une dizaine d’années. La mise en scène, les costumes et les décors étaient très contemporains, totalement surprenants pour l’enfant que j’étais.
Ce souvenir reste marquant : c’était la découverte d’un univers total, où musique, théâtre et image se mêlent pour créer une expérience unique.
L’un des souvenirs les plus marquants pour moi reste la soirée du centenaire du Théâtre, avec la représentation du Sacre du Printemps.
J’étais en charge de la restitution lumière ce soir-là. Le spectacle était capté pour la télévision et diffusé en direct sur écran géant à l’Hôtel de Ville. J’ai ressenti une grande fierté de participer à un moment d’histoire pour cette maison emblématique. Contribuer, à mon échelle, à cet événement exceptionnel fut une expérience inoubliable.
Ces dix dernières années, nous avons vécu une véritable révolution technologique, notamment avec le remplacement progressif des sources halogènes par la technologie LED.
Les projecteurs actuels sont devenus de véritables outils automatisés. Ils permettent d’accéder à une palette de couleurs extrêmement vaste et d’ajuster rapidement de nombreux paramètres. Ces avancées nous ont fait gagner en efficacité, en flexibilité, en réduction de la consommation énergétique et parfois même en optimisation des équipes mobilisées.
Cependant, ces technologies restent des outils au service de la création humaine. Elles facilitent le travail, mais elles ne remplacent ni le regard artistique, ni le temps nécessaire pour imaginer, expérimenter, se tromper et affiner une intention. La technique peut évoluer très vite ; la création, elle, a toujours besoin de temps pour faire naître l’émotion.
Le Cercle des Mécènes représente les fervents défenseurs de l’excellence du Théâtre des Champs-Élysées.
C’est en partie grâce à leur engagement que notre maison peut proposer des œuvres d’une très grande qualité artistique, portées par un niveau d’exigence particulièrement élevé. Leur soutien contribue directement à maintenir cette ambition et à faire vivre des projets d’envergure dans des conditions optimales.