Les sonates de Beethoven

Portrait de Beethoven © Gallica - BnF
Portrait de Beethoven © Gallica - BnF

Le piano a toujours tenu une place centrale chez Beethoven. Pour célébrer le 200e anniversaire de la disparition du musicien en 2027, plusieurs interprètes ont choisi d’aborder ou de remettre sur le métier son répertoire pour clavier. Ainsi, au cours de la saison 2026-27, six pianistes nous donnent l’opportunité d’entendre seize de ses sonates pour piano sur les 32 numéros que compte ce cycle ainsi que l’intégrale de ses sonates pour violon et piano.

Beethoven a accompli dans son écriture pour le piano – et peut-être même dans toute l’histoire de l’instrument – un pas de géant. Bien sûr, il s’est nourri des héritages de Bach, Haydn et Mozart, mais il a littéralement « révolutionné » le principe de l’écriture pianistique lui apportant souffle et lyrisme et ouvrant la voie au piano romantique. 

Le grand pianiste Wilhelm Kempff, immense beethovénien, a en ces termes conseillé les futurs interprètes : « Beethoven doit être éprouvé. Éprouvez-le, ainsi vos auditeurs l’éprouveront aussi. Beethoven réclame des exigences incalculables en ce qui concerne la dextérité du pianiste. Il exige des mains des prouesses qui ne peuvent être acquises que par des années d’effort. Et ce qui est étrange, c’est que dans chacune de ses grandes sonates, de nouveaux problèmes techniques apparaissent, qui ne sont pas résolus par le travail acquis jusque-là…. Une fois rassemblé le matériau technique, nous pouvons aller plein de confiance à la conquête de l’univers beethovénien. Mais puisqu’il s’agit d’un monde, on ne peut le conquérir en un jour…»


Les 32 sonates pour piano

Elles forment dans le parcours du musicien une arche continue même si elles sont organisées par « période » ou « style » que Liszt classait sous les trois temps de « L’adolescent, l’homme, le Dieu ».  On a l’habitude d’en classer les quinze premières pour la première période (jusqu’en 1802), les onze suivantes pour la deuxième (1802-1814) et six ultimes pour la dernière (1814-1827).

 

Au cours de la saison 2026-27, six pianistes interprètent seize sonates pour piano de ce cycle. A tout honneur, celui qui s’y consacre pleinement, Igor Levit qui au cours de cette saison en donnera à entendre à lui seul le temps de deux concerts neuf d’entre elles couvrant la quasi-chronologie du catalogue. Premier rendez- vous le 2 mars avec les sonates n°1 op. 2, issue d’une trilogie dédiée à Haydn, n°12 op. 26 « Marche funèbre », n° 25 op. 79 « Alla tedesca » et contemporaine du concerto L’Empereur et n° 21 op. 53 « Waldstein.  Il sera de retour trois semaines plus tard le 26 mars pour les n° 24 op. 78 « À Thérèse » titrée par sa dédicace à la comtesse Thérèse von Brunsvik, élève de Beethoven avec qui il avait eu une idylle, n° 4 op. 7 qualifié de « grande » par son auteur (c’est la plus longue des 32 sonates après l’op. 106 « Hammerklavier »), n° 9 et 10 op. 14, deux partitions « jumelles » dédiées à l’épouse du directeur du Théâtre Impérial de Vienne et enfin n°26 op. 84 « Les Adieux » célèbre par sa conclusion en course échevelée de doubles croches et octaves en une intense sensation jubilatoire. Nous retrouverons Igor Levit la saison prochaine pour deux autres concerts venant ainsi conclure le cycle complet des sonates, cycle qu’il a publié en 2019 et où il s’y montrait aussi engagé que fulgurant.

Le pianiste chinois Zhang Haochen, interprète majeur de sa génération se concentre lui début janvier sur les quatre dernières sonates depuis l’immense n°29 op 106 « Hammerklavier » qu’il a récemment gravé jusqu’à l’ultime n°32 opus 111.

Cette présentation serait incomplète sans mentionner la venue en début de saison d’Andreï Korobeinikov, multi lauréat de plusieurs concours importants pour la n° 21 op. 53 « Waldstein » et la n° 31 op. 110, celle du britannique Benjamin Grosvenor pour le n° 14 op. 27 n°2 « Clair de lune » (4 décembre), du tout jeune Roman Borisov pour la n° 8 op. 13 « Pathétique » (24 janvier), de Nikolaï Lugansky pour les n° 16 op. 31 et n° 30 op. 109 (23 février) et enfin celle de la jeune Alexandra Dovgan pour elle aussi l’op. 106 « Hammerklavier » (15 mai).

Les sonates pour violon et piano

Autre fête beethovénienne cette saison avec l’intégrale des dix sonates pour violon et piano donnée au cours de deux concerts (7 et 14 juin) par Renaud Capuçon et Mao Fujita, lauréat du Prix Clara Haskil et médaille d’or du concours Tchaïkovski. Il y a près de vingt ans, Renaud Capuçon avait donné en concert et gravé ce cycle complet avec Frank Braley.

Mais comment résister à revenir à quelques fondamentaux même pour un artiste fort de son expérience chambriste depuis plus de trente-cinq ans. Puisque comme le disait Wilhelm Kempff, on ne peut conquérir ce corpus en un soir, n’hésitez pas à venir le savourer en plusieurs soirées.