Publié le 21/03/2026
Publié le 21/03/2026
Tout en étant l’hériter de Verdi, Puccini est à la croisée des chemins lyriques italiens de la seconde moitié du XIXe siècle et de ceux du début du XXe siècle. Si La Bohème, Tosca et Madame Butterfly triomphent depuis leur création sur les scènes du monde entier, Manon Lescaut et La Rondine se font elles bien plus discrètes à Paris depuis longtemps. Le Théâtre de l’avenue Montaigne vous offre cette saison l’occasion de les entendre toutes deux à l’automne.
Giacomo Puccini (1858-1924), cadet de Verdi de 45 ans, voit le jour dans une famille de musiciens. S’il admire le maître milanais au cours de ses jeunes années de formation, il est tout autant intéressé par la révolution wagnérienne. Il adhère néanmoins assez rapidement au nouveau courant dit de la « scapigliatura (scapigliti peut se traduire par échevelés) où la règle d’or est le refus de tout ordre établi. Mais dans ces mêmes années 1890, on observe la montée en puissance d’un autre courant, celui du vérisme, incarné par Mascagni et Giordano notamment.
Le succès vient très vite pour Puccini dès son troisième opéra, Manon Lescaut (1893), avant ceux de La Bohème (1896), Tosca (19000) et Madame Butterfly (1904), ce qui lui donnera l’occasion de parcourir l’Europe pour assister aux créations locales de ses ouvrages, et même au-dela puisque La Fanciulla del West verra elle sa création au Metropolitan de New York (1917). Paris fait évidemment partie de ses voyages. On raconte même qu’il assista à l’une des représentations du Sacre en mai 1913 et pour lequel il notera « Chorégraphie ridicule et cacophonie extrême. Intéressante néanmoins et réalisée avec un certain talent. Mais dans l’ensemble, un truc de dingues ! » En ce début de nouveau siècle, l’histoire musicale en effet s’accélère. Verdi n’est plus et Stravinsky, Strauss et Debussy s’imposent désormais comme les maîtres de la modernité.

Puccini n’a écrit que dix opéras en quarante ans de carrière et Manon Lescaut tient une place particulière dans son corpus car il est le premier grand succès qui établit définitivement sa renommée. Pour cette histoire, déjà mise en musique par Auber et Massenet, il épuisa sept librettistes avant d’être pleinement satisfait.
À la différence de Massenet qui avait peint sa Manon sous les traits d’une jeune femme frivole et fragile, Puccini la pare d’une sensualité très charnelle et d’une diabolique énergie dans sa façon de jouir des plaisirs de la vie. Ce rôle exige une grande voix lyrique capable de dominer un orchestre chargé lui d’exprimer avec force sentiments et déchirements.

Après une vie de folles débauches, le destin frappe, l’éloigne jusqu’en Amérique où elle trouvera la mort. Son dernier souffle « sola, perduta, abandonata… » semble faire écho à celui de la Violetta de La Traviata, autre âme illusionnée et perdue au destin aussi tragique.
Hommage – conscient ou pas - du jeune Puccini à Verdi, dont le denier ouvrage, Falstaff, fut créé huit jours après la première de Manon.

1914, la guerre va bientôt dévaster le continent européen alors même que le Carl-Theater vient de commander à Puccini La Rondine (l’hirondelle) mais l’ouvrage sera finalement créé à l’Opéra de Monte-Carlo en mars 1917 avec le jeune Tito Shipa dans le rôle-titre. Stylistiquement, l’ouvrage est partagé entre de grands élans lyriques dans la pure tradition du mélodrame italien et des séquences dansées à la manière de l’opérette viennoise avec d’inévitables valses mais aussi des parties de fox-trot et du tango ! Et pourtant, cela ces juxtapositions de styles n’empêchent en rien de retrouver tout ce qui fait le charme lyrique si propre au compositeur avec les couleurs somptueuses de l’orchestre et ses amples mélodies. Un peu comme Le Chevalier à la rose de Strauss qui la précède de quelques années, La Rondine exhale le parfum nostalgique d’un monde disparu.
Les femmes dans les opéras de Puccini connaissent presque toutes un destin funeste… Pensez à Mimi dans La Bohème, Cio-Cio-San dans Madame Butterfly ou Tosca… Manon Lescaut et Magda de La Rondine n’y échapperont pas elles non plus … Ne boudons pas le plaisir d’entendre ces deux ouvrages rares sur les scènes françaises à quelques jours d’intervalle.
Manon Lescaut du 2 au 15 novembre
La Rondine en version de concert le 19 novembre
POUR EN SAVOIR PLUS
Puccini, la force des sentiments
5 épisodes France Musique présentés par Saskia de Ville
